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Paul Vivier médecin

Paul Marie Joachim Vivier (1848-1930)

2ème partie

Paul Vivier médecin

Nous connaissions Paul Vivier, qui après avoir fréquenté le petit séminaire de Belmont et le grand séminaire de Rodez (Aveyron), renonça à la vie ecclésiastique vers 1875.

C’est à cette époque qu’il quitta sa région pour aller faire ses études de médecine à Paris.

Ses maîtres en la matière furent entre autres, le professeur Jean Alfred Fournier, médecin de l’hôpital Saint-Louis, spécialiste de la syphilis.

Ce professeur enseigna à la faculté de médecine de Paris, fut membre de l’Académie de médecine de Paris, président de la société française de dermatologie et fondateur de la société de prophylaxie sanitaire et morale. Le professeur Fournier fut aussi le président de la thèse que le docteur Vivier soutiendra et publiera en 1885.

 

 


Page de garde de la
thèse de P. Vivier

« De la diarrhée tabétique » traite d’un sujet très fréquent à l’époque. Il s’agit d’un symptôme atypique de la syphilis.

Mais nous n’allons pas discuter de ce thème ici. Il est seulement prétexte à indiquer que cette thèse fut dédiée à sa famille, mais surtout à sa mère, décédée en 1860 et à l’une de ses sœurs, Emilie, née en 1833. Il semblait très proche de cette dernière qui aurait été religieuse et Paul Vivier en parle souvent dans son journal qu’il a tenu à jour presque quotidiennement de mars 1874 à décembre 1875.

Il rendit aussi hommage à un parent auquel il était très attaché. La dédicace qu’il lui adressa en dit suffisamment long : «  A mon vénéré cousin le Dr A. Bouty, médecin à Nant (Aveyron). Hommage de respect et de filiale affection ».

Ce cousin, Louis Germain Achille Bouty naquit le 1er mai 1804, issu d’une lignée de  médecins.

En effet, le père de ce dernier et son grand-père en étaient déjà. Ces parents-là, ne furent sans doute pas étrangers à la vocation médicale à laquelle P. Vivier se destina au décours des années 1875-1880.

L’exemplaire de sa thèse de médecine que nous avons pu nous procurer, se trouve à la bibliothèque du musée Auguste Rodin, à Paris.

 


La carriole de P. Vivier
avec son épouse et son jardinier.
(Collection SHCB).

Ce document fut dédicacé par Paul Vivier au célèbre maître de la sculpture.

Il écrivit ceci : « A Mr et à Madame Rodin. Leur ami dévoué. Dr Vivier. Chalo-St-Mars (Seine et Oise.) ».

Vivier médecin au Châtelet-en-Brie

Quand Paul Vivier choisit de se fixer au Châtelet, vers 1886-1887, après un bref passage par Chalo-St-Mars dans l’Essonne, il devint médecin de campagne.

Il fut par tous les temps sur les routes de Brie pour aller soigner ses patients à domicile. Il couvrait un grand secteur dans tout le canton, 15 communes qu’il sillonna quotidiennement, de Champeaux à Pamfou et de Blandy à Fontaine-le-Port ou Féricy.

Il se déplaça, d’abord avec sa carriole attelée à un beau cheval ; plus tard il effectuera ses circuits avec son véhicule motorisé, une de Dion-Bouton.

Il fit même, durant une certaine période, la route à pied du Châtelet à Héricy, car ces véhicules motorisés pouvaient présenter fréquemment quelques soucis de fiabilité.

Bien qu’il ait un lieu pour recevoir ses patients chez lui, les consultations sur place étaient rares.

Comme la plupart des médecins de l’époque, notre docteur était polyvalent. Il pouvait être tour à tour, médecin accoucheur, inspecteur des nourrissons ou capable d’effectuer de la petite chirurgie. Il avait aussi chez lui une pièce réservée à la pharmacie. Il était en effet, habilité à confectionner des potions pour ses patients. Durant 34 ans, il soigna gratuitement les gendarmes de la commune. Il fut aussi médecin-chef de l’hôpital auxiliaire d’Héricy, pendant toute la guerre de 14-18. Nous développerons ce thème ci-dessous.

Il fut parfois confronté à des évènements peu courants, comme celui que nous allons vous conter brièvement.

Le docteur Vivier et « l’affaire Bonnot ».

Lorsqu’on l’appela au soir du 27 novembre 1911, pour venir constater le décès d’un inconnu, tué par balles au lieu-dit l’Écluse près de Pamfou, le docteur Vivier était loin de penser que ce personnage allait être lié, à ce qu’on devait appeler « l’affaire Jules Bonnot » et « la bande à Bonnot ».

En effet, le certificat que signe ce jour-là le médecin, indique « …que la mort de cet individu est le résultat d’un attentat. Il avait été atteint de 2 balles à la tête dont l’un des projectiles tiré à bout portant »… « Comme pour lui donner le coup de grâce » dit-il en conclusion aux gendarmes.

Après enquête, on finit par identifier cet homme qui était un italien du nom de Mandino ou Platano, complice, puis victime de son assassin qui n’était autre que Jules Bonnot qui s’enfuit dans une voiture volée.

Cette histoire allait défrayer la chronique dans la France entière jusqu’en avril/mai 1912.

Le 22 avril en effet, tout cela se termina dans un bain de sang à Choisy-le-Roi après avoir fait 10 morts en cinq mois. Jules Bonnot tomba sous les balles de policiers venus pour l’arrêter.

De la bande que Bonnot avait constituée, trois d’entre eux furent tués, trois autres guillotinés et l’un d’eux se suicida.

Vivier et l’hôpital Auxiliaire d’Héricy

Quand la Première Guerre mondiale éclata en août 1914, le docteur Vivier âgé de 66 ans était encore en activité. Le nombre de morts et de blessés fut considérable dès le début du conflit qui plongea dans le chagrin des millions de familles françaises. Toutes les régions furent concernées par la disparition de proches.

 


Hôpital Auxiliaire n°17 d’Héricy ( Seine et Marne)
(Collection D. Boeuf et SHCB77)

De nombreux hôpitaux auxiliaires furent créés sur tout le territoire. Plus de 10 000 hôpitaux et annexes furent organisés dans près de 3200 communes de l’hexagone.

Créées pour la plupart, sous l’égide de la Croix-Rouge ou du service de santé militaire pour accueillir des millions de soldats blessés, ces structures allaient rendre des services considérables à nos valeureux combattants.

C’est ainsi, que dès 1914, la Seine-et-Marne avait aménagé de tels lieux par dizaines, dans tout le département.

Dans le sud, par exemple, Melun, Fontainebleau, mais aussi Maincy (château de Vaux-le-Vicomte), ou Héricy en étaient dotés.

Les hôpitaux auxiliaires étaient des formations sanitaires mises sur pied par différentes sociétés, comme la Société de Secours aux Blessés militaires (SSBM) ou l’Union des Femmes de France. Ils prodiguaient des soins intensifs et utilisaient du matériel de thérapie quand ils avaient suffisamment de budget. Ces établissements pouvaient être privés, d’où des appels aux dons, comme ce fut le cas pour la structure d’Héricy qui nous intéresse tout particulièrement.

L’hôpital auxiliaire n°17, (n°312 au plan national), était situé dans l’ancien orphelinat Sainte-Geneviève, rue de la carrière à Héricy. Cette maison qui appartenait à la générale Cornille, sœur du célèbre peintre Etienne Dinet, fut réquisitionnée en 1914.

C’est la générale Cornille qui, sous l’égide de la Croix-Rouge, fonda et dirigea avec le docteur Paul Vivier, ce centre de rééducation professionnelle qui put accueillir durant toute la guerre, de 45 à 140 blessés simultanément. Ces soldats bénéficièrent des soins prodigués dans cet établissement.

De nombreuses photos ou cartes postales, nous donnent un aperçu de ce qu’ont pu être les services rendus à tous ces hommes qui sont revenus, bien mal en point, de cet enfer que fut la Grande Guerre.

On peut voir des salles de pansements, de rééducation fonctionnelle par mécanothérapie ou électrothérapie, des salles de massage…

 


Salles de mécanothérapie et d’électrothérapie.
Docteur Vivier debout avec un brassard, photo de droite.
(Collection D. Bœuf)

Ci-dessus (photo de droite), le médecin-chef Paul Vivier, debout, avec un brassard, supervisant une séance d’électrothérapie. Cet hôpital fonctionnera jusqu’en décembre 1918.

On notera une certaine continuité dans l’engagement du docteur Vivier auprès des blessés militaires.

En effet, lui qui avait fait la guerre de 1870 contre les prussiens, sera par la suite, président durant de longues années, de la Société de Secours aux Blessés militaires (SSBM) pour le canton du Châtelet, avant de s’engager à diriger l’hôpital d’Héricy.

Paul Vivier, à la fin de la guerre, dans le courant de 1920, sollicitera l’obtention de la Légion d’honneur pour services rendus à la nation.

 


Page de garde de la
thèse de P. Vivier

Le docteur Vivier et la Légion d’honneur

En octobre 1920, il constitua un dossier qu’il destina à la Chancellerie de la Légion d’honneur et au ministère de la Guerre.

Si toute sa vie fut consacrée à soigner son prochain, une action semble avoir été déterminante dans l’obtention de cette honorable récompense : son engagement auprès des blessés, pendant toute la guerre 14-18. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’avis donné, le 16 octobre 1920, par le médecin inspecteur général Rouget, directeur du service de Santé de Paris : « Dr Vivier. Ancien combattant en 1870, a, malgré son grand âge (70 ans) dirigé pendant toute la guerre, un important hôpital auxiliaire, montrant un dévouement, une abnégation et une activité dignes des plus grands éloges ».

Cette distinction, que Paul Marie Joachim Vivier avait souhaité recevoir le dimanche 17 juillet 1921 au Châtelet-en-Brie, lui fut finalement remise le 11 septembre 1921, par le colonel Lapointe, représentant le Grand Chancelier de la Légion d’honneur.

Une belle assemblée, composée de personnalités locales et régionales, s’était réunie sur la place du village pour assister à la remise de cette décoration sur le perron de la mairie, après avoir traversé Le Châtelet en cortège.

 


Participants à la remise de la Légion d’honneur de P. Vivier.
(Collection SHCB)

Sur la photo de gauche que nous avons déjà publiée dans un précédent article, (VAV N°129), nous avions cité un certain nombre de personnes présentes ce jour-là. Nous pouvions reconnaître Mr et Mme Sommier, propriétaires du château de Vaux-le-Vicomte, qui avaient eux aussi ouvert, durant la guerre un hôpital auxiliaire au sein de leur château. Ils avaient accueilli, entre 1914 et 1918, plus de 1000 blessés. Ils avaient eu, à ce moment-là, des contacts  avec le docteur Vivier et en avaient gardé une certaine amitié. Il y avait par ailleurs, le baron Berthémy, châtelain du château de La Borde.

Nous avions aussi parlé de ce petit garçon qui donne la main au médecin.

L’occasion nous est donnée ici de corriger une erreur que nous avions commise alors.

En effet, il ne s’agissait nullement d’un petit voisin de P. Vivier, mais de son petit-neveu, Paul Pierre, né le 14 juin 1914 et qui vécut chez le couple Vivier à partir de 1917, (nous l’avons déjà évoqué dans la première partie de cet article, VAV de mars 2017). Rappelons pour l’anecdote, que Paul Pierre avait eu comme témoin de naissance, outre son grand-oncle, mais aussi le célèbre sculpteur, Auguste Rodin dont nous parlerons exclusivement dans la dernière partie de cet article à paraître dans le prochain Vivre au Village.

Paul Vivier arrêta son activité, en 1924, et transmit sa patientèle au docteur Pierre Gabarat qui exerça dans une partie de la maison de Vivier qui lui avait été louée. Se succédèrent ensuite, 3 médecins jusqu’en 1945. Mais en 1957, l’ensemble de cette maison fut vendu par Bernard Pierre, neveu de Paul Vivier, au docteur Carpanetti. (A suivre)…

 

 

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