
C’est la rue de l’Hôtel de Ville, que nous allons arpenter un moment, refaire les pas que nos anciens ont effectués voilà plus d’un siècle et essayer de dévoiler un peu de leur quotidien.
Appelée « rue de l’Église » sur cadastre de 1812, elle fut « la rue grande » sur le cadastre de 1845.


Le plan d’alignement de 1858 la désigne comme « route départementale de Melun à Bray-sur-Seine ».
La rue de l’Hôtel de Ville s’étire du carrefour principal du centre du village jusqu’à la mairie du Châtelet.
Avant l’arrivée massive des chevaux-vapeur, le croisement de cette rue et de la route de Montereau était surtout emprunté par des diligences, des calèches. Il n’était pas rare de rencontrer des vaches ou « des bœufs de trait » allant aux champs ou rejoignant une des multiples fermes du village.
La place du puits de l’échelle se nommait vers 1900, « place de la fontaine ».
En effet, ce beau point d’eau était très utilisé par les villageois autrefois, car l’eau courante n’était pas encore rentrée dans les maisons.
Depuis ce carrefour, on aperçoit tout au bout de la rue, la mairie qui se dresse encore aujourd’hui sur la place du village et qui a été construite, est-il besoin de le rappeler, en 1880 par Léon Bulot, architecte à Melun.
Cette rue fut, tout comme aujourd’hui, l’une des principales rues commerçantes du Châtelet et contrairement aux apparences sur ce cliché nous verrons que les activités et l’animation y ont été fort importantes ainsi qu’en témoignent les nombreuses enseignes que l’on va vous présenter ci-après.
Commençons à déambuler dans cette rue.
À l’angle de la rue de l’Hôtel de Ville, une enseigne réputée, l’hôtel restaurant « Au Coin Musard », faisait partie de ces nombreux établissements qui s’ouvrirent au Châtelet à la fin du XVIIIe siècle et dans le courant du XIXe. Ils étaient destinés à accueillir les voyageurs de passage dans notre commune.
Le Châtelet, avec son relais de postes aux voyageurs et aux lettres, dont nous avons conté l’histoire (***) était bien une ville étape.
Ce relais de poste aux chevaux a permis le développement important de commerces, de l’artisanat et surtout l’implantation d’établissements hôteliers et de restauration.

Les gens de passage n’avaient aucune peine à trouver le gîte et le couvert, pour une nuit ou plus.
« Au Coin Musard », on pouvait, non seulement y trouver à boire et à manger, mais il y avait de quoi y remiser sa voiture ou de reposer ses chevaux à l’écurie.
On pouvait aussi acheter son paquet de tabac, et pourquoi ne pas faire une petite pause en « terrasse », sur le trottoir, entre amis ou y faire un brin de causette comme l’atteste cette carte postale expédiée en 1910.
La famille Gatelet en fut propriétaire durant plusieurs décennies de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1920. Ils éditaient leurs propres cartes postales comme l’atteste la carte ci-dessous.

Collection SHCB77
Lucien Gatelet était marchand de vins en 1903.
En 1920, un membre de la famille Gatelet avait transformé son établissement en café, l’avait agrandi en créant une salle de danse à l’emplacement du bazar.

Durant les années 30-40, « Au Coin Musard » évolua quelque peu. Les remises, écuries et garages avaient disparu. Les véhicules à moteur avaient remplacé les diligences. Cet établissement s’était transformé en « café, débit de vin et de liqueurs ».
Mais on ne pratiquait manifestement plus l’hôtellerie. Les propriétaires, Noël Prat et son épouse, étaient d’origine auvergnate ; l’accent chantant de Madame Prat résonne encore aux oreilles de certains de nos compatriotes qui ont connu cette époque.
Ce débit de boissons était très fréquenté par les châtelains qui venaient y jouer à la manille, le soir ou le dimanche.
Durant l’occupation (1940/1945), les jeunes qui n’étaient pas encore en âge d’être mobilisés, s’occupaient durant de longues heures, à jouer au billard sur un tapis vert bien usé.

La Quincaillerie Bazar de la Brie : Le commerce 4 rue de l’Hôtel de Ville qui jouxtait le coin Musard était un bazar. On y trouvait de tout comme au supermarché. Il connut plusieurs propriétaires au fil du temps.
Mais celui qui de toute évidence posséda la façade la plus remarquable, fut François Guglielmo, bien avant la 2e guerre mondiale
Rien ne semblait manquer dans cette boutique, et il n’était point nécessaire d’entrer pour savoir ce que renfermait cette « caverne d’Ali Baba ».
Le propriétaire qui pause devant sa porte avec, sans doute son épouse, ne semble pas peu fier de sa manière de faire la « réclame », car tout y était indiqué sur la grande devanture en bois qui ne passait pas inaperçue.
On y trouvait : des vêtements pour toute la famille, des galoches, des chaussures ou des chaussons. Mais on pouvait aussi y dénicher du fil électrique, du matériel de jardinage, de la verrerie, de la vannerie ou de l’outillage, du matériel de pêche, des articles pour les écoliers, cahiers, livres et crayons…

Que l’on y rentre pour acquérir quelques vis, quelques clous ou un outil plus onéreux, on y était toujours bien accueilli. Le maître des lieux qui avait tout répertorié et classé avec minutie, n’avait aucune peine à vous donner satisfaction rapidement.
Comme on l’a déjà vu chez M. Gatelet, François Guglielmo, éditait lui aussi ses propres cartes postales.
Ce bazar connut plusieurs propriétaires qui se succédèrent tout au long du XXe siècle :
Le premier d’entre eux fut M. Charles. Duménil qui exerçait en 1919. François Guglielmo lui succéda de 1921 à 1924. M. Pralon, occupa ce commerce dans les années 40 ; il était aussi plombier à ses heures.
- Hoiselsetin « dit tintin », prit en charge ce bazar dans les années 50.
Le dernier propriétaire, de ce bazar quincaillerie fut M. Fernand Biava (1962-1998) qui arrêta son activité après plus de 35 ans de service.
On suppose que c’est à cette époque que cette quincaillerie s’agrandit en y ajoutant les locaux « du Coin Musard ».
Au début des années 2000, « La cave du Châtelet » s’y installa ; c’est une cave à vins, spiritueux, champagnes (photo ci-dessus) qui remplaça le bazar durant une courte période.
Puis ce fut le retour à l’activité première de cet établissement, puisque c’est à nouveau un restaurant qui vit le jour. Cet établissement qui est encore en activité aujourd’hui.
La boulangerie : La boutique suivante est une boulangerie. Elle n’a point cessé de voir s’activer petits mitrons et boulangers depuis le milieu du XIXe siècle, puisque M. Duval était artisan boulanger en 1861 !

Collection SHCB
En changeant de trottoir, au n°1 de la rue de L’Hôtel de Ville, la première maison aujourd’hui démolie, appartenait à Melle Lestienne ; grande philatéliste, elle possédait une importante collection de timbres dont elle fit commerce durant une grande partie de sa vie.
Sa clientèle s’étendait jusqu’à Melun et Fontainebleau.
Son fils adoptif fut abbé de Féricy durant quelques années.
Melle Lestienne, décéda dans les années 70, à plus de 80 ans en léguant tous ses biens à la commune du Châtelet.
M. Fouquier, garde-champêtre du village et commandant des pompiers occupa cette maison jusqu’à sa retraite.
Elle fut démolie à la fin du XXe siècle et remplacée par un jardinet bien fleuri, qui encore aujourd’hui agrémente ce petit coin.

Collection SHCB 77
La maison suivante au n°3 de la rue de l’Hôtel de Ville abrita durant, dans la première moitié du XXe siècle, une agence du Crédit Lyonnais. On ne connait ni la date de sa création, ni celle de sa suppression
Sur ce même trottoir au n°5 de la rue, cette grande maison bourgeoise fut, depuis la fin XIXe siècle jusque jusqu’à la fin des années 1980, la demeure des huissiers de justice.
On peut citer les noms de quelques locataires de ce lieu durant plus de cent ans : M. Pierre-Michel Servais (1861), M. Foussy (1895), M. Marcel Robert, M. Liégeois, M. Léopold-Henri Cardenne (exerçait en 1914).
Notons pour l’anecdote, qu’un de ces huissiers dont on ne connaît pas l’identité exerça cette fonction avant la 2e guerre mondiale. Il fut résistant durant l’occupation allemande et fut arrêté au Châtelet par la milice. Il ne dut son salut qu’à la fin des hostilités qui chassèrent l’occupant, en août 1944.
Le dernier d’entre eux fut Monsieur Giacomoni.
Au fil du temps durant son activité, M. Giacomoni fit l’acquisition des deux bâtiments qui jouxtaient celui qu’il occupait déjà ; Il y intégra ainsi celui qui fut un moment le Crédit Lyonnais.
Il occupa cette belle bâtisse bien agrandie, des années durant après sa retraite. Il y vécut avec toute sa famille dont sa mère âgée de 99 ans !
Le cliché-ci-dessus nous montre ce que le n°5 de la rue de l’Hôtel de Ville est devenu aujourd’hui.
Au début des années 90, par suite d’une restructuration du système administratif, les huissiers furent supprimés dans notre village.
Remontons lentement vers le haut de cette rue.
Arrêtons-nous au n°12, devant « le café de l’Hôtel de Ville, Hôtel de la Paix » chez Fernand David.

Collection SHCB 77

L’activité dans cet établissement fut très importante durant plusieurs décennies.
Jugez du peu : café, hôtel, pension, chambres meublées, restaurant, mais aussi garagiste dans le bâtiment jouxtant le café. Ce garage existe encore aujourd’hui.
Durant l’entre-deux guerres Fernand et André DAVID étaient les maîtres des lieux.
Fernand, né en 1894 assura le rôle de mécanicien et de garagiste jusqu’en 1926, puis celui d’hôtelier en 1939.
André DAVID, ancien gendarme, quant à lui était restaurateur depuis 1927, il continua avec sa compagne Alexandrine Kerwich.
Elle avait encore la charge du café, de l’hôtel et du restaurant en 1962. À cette époque, Alexandrine était associée à Henri Marty qu’elle avait épousé ; elle était devenue Madame Alexandrine Marty.

Bien plus tard, Comme on peut le voir sur ce cliché, le café restaurant de l’Hôtel de Ville a été remplacé par « le café des sports, restaurant ». On retrouve le garage d’antan avec ses deux pompes à essence et une réclame « Mobiloil ».
En face, au 17 de la rue de l’Hôtel de Ville, on devine « la Ruche Moderne », une épicerie qui était gérée par M. René Kenner à partir de 1er janvier 1936. II est né le 24 avril 1908 au Châtelet. Cette boutique était une succursale qui vendait de l’alimentation, de la confection et des chaussures de toutes tailles.
Ce n°17 accueillit par la suite, plusieurs sortes de commerçants dont un marchand de chaussures, Jean Avril qui exerça durant les années 1990.
Au n°19, se trouvait un salon de coiffure depuis la première moitié du XXe siècle.
Mme Renée Balvay tenait boutique en 1945, M. Maurice Delcourt en 1947, Raymond Turgne exerçait en 1956 et Danielle Morvan coiffa châtelains et châtelaines depuis 1975 jusqu’à sa retraite dans les années 2010.
Le n°21, fut très longtemps occupé par une mercerie, C’est Mme Jeanne Schulteiss, née Langonnier le 15/11/1896 qui semble avoir inauguré cette boutique qu’elle a gérée jusqu’en 1962. Mme Germaine Martial semble avoir pris sa succession à partir de cette date.
Une étude de notaires.
Dans cette étude située place de l’Hôtel de Ville, une dizaine de notaires se sont succédé depuis le début du XIXe siècle.
Nous en citerons pour mémoire quelques-uns : Maître Jean-François ALLOËND-BESSAND (1820-1840) ; il fut aussi maire du Châtelet-en-Brie de 1825 à 1844, tout comme bien d’autres notaires avant et après lui qui cumulèrent deux ou trois fonctions.
Charles FÉRON (1857-1864), Louis-Arthur CAILLAUD (1886-1894), Jacques-Paul ODENOT (1875-1890), Louis-Émile BRACQUEMOND (1909-1931), Maurice PETIT (1949-1966), Charles BESSON (1960-1990).

Sans doute époque de Louis Émile Bracquemond.
Le n°24 de la rue fut occupé par un bar, tabac, brasserie durant tout le XXe siècle. Il fut remplacé, au cours des années 2020 par un salon de coiffure qui est encore en activité aujourd’hui.
Le n°26 mettra un terme à ce cheminement dans la rue de L’Hôtel de Ville où s’implanta une charcuterie à la fin du XIXe siècle. Elle fut inaugurée par M. Gallet de 1882 à 1895.
Se succédèrent ensuite durant une grande partie du XXe siècle, M. Georges Ameline qui exerçait en 1967.
M. Vigouroux à partir de 1969 et M. Hupp, furent les deux derniers occupants de cette charcuterie Elle s’appelait à ce moment-là « Au Bon Saint-Antoine ».
Une enseigne originale représentant ce saint, était apposée au fronton de cette boutique, sans doute par monsieur Vigouroux. [1]
Ce commerce comme bien d’autres disparut dans les années 1980.
[1] Lors des travaux de remise en état du bâtiment, la SHCB77 a récupéré la toile du « Bon Saint-Antoine »

Il fut remplacé par une épicerie et soins esthétiques.
Mais cet emplacement fut très célèbre durant plusieurs siècles, de 1380 jusqu’à la révolution de 1789.
En effet, il fut le siège de l’auditoire, lieu où l’on rendait la justice au nom des Dames de Poissy, seigneurs du Châtelet ; elles eurent pouvoir de Haute et Basse justice jusqu’en 1789.
En cet auditoire, on traitait les petits et grands méfaits : un vol de moutons ou un assassinat par exemple.
C’est ainsi que l’on pouvait être « banni » du village, envoyé aux « galères » ou être « pendu » haut et court aux fourches patibulaires en fonction de la gravité du délit commis. Ces « Fourches » se trouvaient à la sortie du Châtelet-en-Brie, en direction de Fontaine-le-Port.
Terminons sur une note fraîche et sympathique en évoquant une coutume ancestrale aujourd’hui disparue qui avait lieu le jour du 1er mai dans de nombreuses rues du village.
De quoi s’agissait-il ?
Des adolescents, pour rendre hommage à des jeunes filles du Châtelet et pour les courtiser, « leur faisaient un mai ».
En effet, dans la rue de l’Hôtel de Ville comme ailleurs, on garnissait les portes d’entrée de certaines demoiselles de feuillages et de fleurs, afin de faire l’éloge de leur comportement irréprochable.
Cela les mettait en joie car elles pouvaient nourrir l’espoir de trouver plus tard un bon parti.
Il en allait autrement de celles qui avaient manqué de probité, car celles-ci voyaient « fleurir » au contraire, des fagots d’épines ou de ronces, devant chez elles.
Autres temps autres mœurs !
Cette rue de l’Hôtel de Ville fut longtemps l’un des « poumons » administratifs et commerciaux de notre village, avec la D 605.
On note actuellement un recul de l’activité par rapport à ce qu’elle fut aux XIXe et XXe siècles.
André. Mary