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Le relais de poste aux chevaux

L’histoire

En tout temps et en tous pays, le besoin de communiquer et la nécessité de transporter l’information se sont fait sentir.

C’est ainsi que dans la Rome antique, l’empereur Auguste, développe la transmission rapide de messages administratifs basée sur la création de routes équipées de relais où des chevaux sont mis à la disposition de messagers.

En France, à partir du XIe siècle de nouvelles voies royales sont ouvertes et le transport de l’information est fait  par des hommes à pied ou à cheval.

Le nombre de chevaucheurs va croître progressivement et en 1380-1381, 8 messagers et 36 chevaucheurs sont mentionnés dans le premier compte de l’hôtel du roi Charles V.

Jusqu’en 1495, ces chevaucheurs sont à la disposition exclusive du roi Louis XI crée à cette époque, les postes aux chevaux. Ce sont des relais tenus par des officiers du roi pour fournir des chevaux frais à leurs collègues mobiles qui continuent de porter les missives royales.

Mais ces relais sont créés ici ou supprimés là, en fonction des besoins du roi. Ces relais ont donc un caractère provisoire.

Henri IV, en 1597, met les relais à la disposition du public.

Jusqu’au XVIIIe siècle, le service des relais et des voitures publiques était un monopole d’État.

Avant 1673, les maîtres de poste achetaient leurs charges. Après 1692, ils furent nommés par le roi.

La situation de maître de poste était très prisée, car il pouvait recevoir un traitement de 180 livres par an, il était logé et non astreint à loger des soldats de passage.

A la fin du XVIIIe siècle, il existait en France 1200 relais de poste, tout au long de 950 km de routes alors desservies par les voitures publiques.

 

Qu’en était-il au Châtelet-en-Brie?

Depuis le moyen âge, le village était exclusivement agricole. Il était traversé, jusqu’au XVIIIe siècle, par une voie de communication antique datant des gaulois et des romains, nommée «chemin du Roy». Venant de Melun, elle partait par les tertres de Vaux, Mimouche, Berceau, Bois Louis, pour aboutir devant le Château des Dames; cette route royale devait se poursuivre par la place du pilori et par la chapelle Sainte-Reine, pour se diriger ensuite vers la croix de Balle puis, en direction de l’Ecluse, Pamfou et Montereau.

Le Châtelet vécut comme une aubaine la création, vers 1764, de la route de Paris à Geix et Genève, notre route départementale 605 actuelle, et la création, en 1775, d’un relais de poste aux chevaux qui ne fut reconnu officiellement comme tel qu’en 1792, après bien des péripéties.

En effet, la route fut érigée en route de poste le 1er février 1792, malgré les protestations des cantons de Moret et de Fontainebleau, auprès de l’Assemblée nationale, qui voyaient d’un mauvais œil l’ouverture de ce poste ainsi que celui de Pamfou, jugeant que cela représenterait un manque à gagner pour leurs propres relais.

Le relais de poste aux chevaux était situé au numéro 7 de la rue du 26 août 1944.

Le premier maître de poste au Châtelet est, curieusement, le sieur Pierre Rondeau, fils du maître de poste de Fontainebleau, qui avait, quelques années auparavant, fait état du préjudice que lui causerait la création de la route de poste « Melun-Fossard » (Melun-Montereau).

 

 Vue aérienne du relais de poste aux chevaux (Années 1950)
(Collection SHCB)

Le 9 vendémiaire de l’an IV (1er octobre 1795), vente est faite, par acte devant Maître Rozière notaire à Melun, par Jean Pérot, boulanger au Châtelet, à Pierre Rondeau, maître des postes au dit lieu.

Ce relais ressemble à une grande ferme, et présente de nombreux bâtiments, une vaste cour intérieure, des écuries, des granges, le logement du maître de poste, celui des postillons, du personnel de maison et sans doute une forge qui existait encore au XXe siècle.

Nous savons, que le maître de poste est propriétaire de son relais, et exerce son activité en vertu d’un brevet que lui délivre l’autorité dont il dépend, le surintendant général des postes au XVIIIe et le directeur général des postes au XIXe siècle.

En théorie le brevet n’est pas négociable mais il n’est pas rare qu’on le monnaye à prix d’argent, malgré l’interdiction de l’administration.

Rondeau fils possédait en l’An III (1794-1795) 29 chevaux.

Mais ce relais, ainsi que celui de Pamfou, fut supprimé en 1802 au profit d’un seul installé à Machault, au hameau de l’Ecluse.

La ligne restera ainsi organisée jusqu’en 1817, date à laquelle elle fut rétablie avec ses relais du Châtelet et de Pamfou.

Relais de poste aux chevaux appartenant M Sintier en 1828
Archives départementales 77 (cote: 5MP76)

Le maître Sintier fut installé dans notre commune à cette date. Il y restera 23 ans car il démissionne en 1840 pour laisser la place à Antoine Eugène Belseur qui tenait encore le poste en 1852.

Le recensement de 1836 nous donne un aperçu de l’activité et de l’animation que pouvait engendrer la présence de ce relais aux chevaux.

On peut ainsi noter, la diversité des emplois qui gravitaient autour du voyage et du cheval.

Au relais ou à proximité, en effet, cohabitaient, postillons, charretiers, cochers de diligences, domestiques, aubergistes, maréchaux ferrant, bourreliers.

Claude-Eustache Sintier, maître de Poste est âgé de 58 ans, il vit là avec son épouse Elisabeth-Eulalie, 39 ans, et ses deux filles âgées de 15 et 14 ans.

Lazare Lejeune, quant à lui, est cocher de diligence et habite dans les communs du relais avec sa famille.

Tout aussi intéressante, est la famille Lafond qui est toute entière ou presque, rattachée au relais aux chevaux.

En effet, Laurent, 64 ans, le chef de maison est charretier, vit avec son épouse Catherine, et ses deux enfants Joseph Auguste, 23 ans et Augustin, 20 ans, qui sont tous les deux postillons.

On rencontre aussi un peu plus loin, un autre cocher, le citoyen Letellier, ou Jean Henry Cuillard le bourrelier. Françoise Amable, l’aubergiste, quant à elle, s’affaire à préparer le gîte et le couvert pour le challand qui doit arriver par la malle poste de l’après-midi.

La délibération du conseil municipal du 27 août 1840 fait état de la nomination du sieur Belseur et fait mention de 4 postillons, d’un monteur et de 20 chevaux pour le relais.

C’est ainsi que durant 70 ans, le passage des malles-poste, des diligences, des véhicules de toutes sortes entretenait une vive animation dans les rues de notre village et lui donnait des airs de petite ville.

Tenue de postillon au XIXe siècle
(Musée de la poste)

Des constructions nouvelles sortirent de terre. Des hostelleries, des cabarets avaient une clientèle régulière. Le bourrelier et le maréchal ferrant avaient du pain sur la planche.

Malheureusement toutes les bonnes choses ayant une fin, l’arrivée du chemin de fer en 1851 provoqua la fermeture définitive du relais.

Avec la suppression de la poste aux chevaux, la route fut moins fréquentée, les «industries», se mirent à fonctionner au ralenti et les paysans retournèrent à leur terre qui redevint la seule ressource du bourg.

Par conséquent, le 8 novembre1857, lors de la délibération du conseil municipal le maire proposa un nouveau classement des propriétés bâties, dans la mesure où lors du classement de 1847, notre commune connaissait une situation plus florissante.

A titre anecdotique, notons que sur la feuille de route du courrier Excoffon, devenu malheureusement célèbre par l’affaire du courrier de Lyon qui fut attaqué le 27 avril 1796 (8 floréal de l’an IV), le relais du Châtelet était cité; Excoffon devait y livrer un colis qui n’arrivera jamais à destination et pour cause.

En effet, la malle-poste transportant aussi 2 millions d’assignats destinés à l’armée d’Italie, fut attaquée près de Savigny, au croisement de la route de Melun et du chemin de Pouilly-le-fort. Le courrier Excoffon et le postillon Etienne Audebert qui l’accompagnait à partir de Villeneuve-saint-Georges, furent égorgés et les assignats envolés, ainsi que le colis de notre infortuné châtelain…

 La malle-poste de Lyon, reconstituée d’après les documents authentiques.

 

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