La Société d'Histoire du Châtelet-en-Brie

La Chapelle Sainte-Reine et sa source

 

Statue de Sainte Reine à Alise Sainre Reine

De tous temps et en tous lieux des légendes se sont construites et ont évolué selon des influences diverses : locales, païennes ou religieuses. Certaines ont pu changer au fil du temps par la transmission orale qui a entraîné des approximations ou des confusions multiples.

L’histoire de Sainte-Reine que nous allons vous conter n’a pas échappé à cette règle.

Nous en donnerons quelques exemples.

Reine, était une jeune bergère, chrétienne, vivant à Alise en Bourgogne, site probable de la bataille d’Alésia. Orpheline très jeune, elle fut accueillie par une famille croyante qui lui a prodigué une éducation religieuse.

Née en 238, elle mourut le 7 septembre 253, suppliciée et décapitée par le proconsul romain Olibrius qui voulut abuser d’elle. Mais elle se refusa à lui et voulut rester fidèle à sa religion ; il lui en coûta la vie. Le nom d’Olibrius est resté dans le langage courant pour désigner un bravache, un fanfaron cruel, ou comme disait Molière « un occiseur d’innocents ».

Le culte chrétien vénérait déjà Sainte-Reine dès le IVe siècle, ce qui est attesté par les découvertes archéologiques d’objets venant d’un service d’eucharistie portant le mot de « regina »: un plat et trois verres datant du IVe siècle.(fouilles de 1909 sur le site d’Alésia)

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C’est à l’abbaye de Flavigny qu’en 866 sont transférées ses reliques, et c’est de là que va se diffuser à partir de l’an mille culte de Sainte-Reine, qui s’étendra à toute l’Europe.

Des bains sont installés pour faire bénéficier les malades de l’eau d’une source, « la fontaine des Dartreux », près de la chapelle Sainte Reine à Alise.

Cette eau était réputée pour ses propriétés contre les maladies de la peau (des dartres).

Au Châtelet, on ignore à quel moment précis durant le Moyen-âge, le culte de Sainte-Reine fut institué.

Mais on sait qu’une source du Châtelet aux eaux limpides et fraîches fut d’abord placée par les Celtes sous l’invocation d’une divinité du paganisme, comme il était coutumier de le faire dans des temps antiques, et ensuite sous le patronage de Sainte-Reine après l’introduction du christianisme dans la région.

On peut penser que le nom de Sainte-Reine a pu être donné à cette source car elle se trouvait en bordure de l’ancienne voie empruntée par les pèlerins qui se rendaient à Alise Sainte-Reine.

Ce serait alors le type de pèlerinage secondaire créé par les pèlerins.

Ce culte est en tout cas fort ancien au Châtelet, où il est très populaire.

Il parut alors évident d’ériger un oratoire pour abriter une statuette de la Sainte au-dessus du bassin de la source.

Cet oratoire se trouvait à l’origine« au fond de la vallée », à côté de la source. En réalité il se situait juste en contrebas de la chapelle actuelle. Des titres du moyen-âge l’attestent.

On aurait donné à cette eau des pouvoirs « guérisseurs », mais cela fait partie des légendes arrangées parfois, car aucun écrit historique à notre connaissance n’est venu jusqu’à ce jour confirmer ces allégations. Ces croyances ont pu exister et être transmises par les pèlerins qui auraient associé le nom de la source devenue lieu de culte et ses pouvoirs supposés.

On a aussi prétendu que des personnalités sont venues boire ou se seraient fait expédier de cette eau ; nous avons cru un moment à ces indications, mais il n’en est rien.

En effet, ces informations concernaient l’histoire de sainte Osmanne, patronne de la paroisse de Féricy (proche du Châtelet), et non celle de sainte-Reine.

Une chapelle de la « sainte-trinité » ou chapelle Sainte-Reine, fut bâtie sur le bord de la fontaine par Berthier, le sieur des Essarts et Dame Sylvain sa femme, et bénite le 28 avril 1737par André, curé d’Héricy. Les pierres et les tuiles de la Maladrerie servirent à son édification.

Le culte des habitants du Châtelet pour Sainte-Reine s’est toujours manifesté par des marques de dévotion particulières. Des testaments des XVIe et XVIIe siècles contiennent des legs des offrandes à ladite chapelle.

Même aux plus mauvais jours de la Révolution de 1789, cette chapelle fut toujours respectée et ne subit aucune profanation. On en veut pour preuves des décisions qui ont été prises en cette période agitée :

C’est ainsi qu’on apprend qu’une nouvelle chapelle fut construite vers 1789, en lieu et place de celle de 1737. Des extraits d’assemblées générales de la commune réunies en 1793, le confirment.

le 14 avril 1793« par l’assemblée générale de la commune du Châtelet où étaient présents les citoyens maire, officiers municipaux, notables et habitants, à l’effet d’autoriser les officiers municipaux à payer avec les deniers de la « fabrique » les ouvriers qui ont fourny les matériaux et la main d’œuvre pour la construction de Sainte-Reine…et à rembourser à la « fabrique » au fur et à mesure qu’il rentrera des deniers à Sainte-Reine jusqu’à la fin du paiement… ». ils autorisent aussi les officiers à vendre les matériaux de la grange de la Maladrerie pour le soutien des pauvres… »

 Le 6 juin 1793 (An II) cette même assemblée est autorisée à vendre par adjudication, un orme situé à la Borde aux moines, appartenant à la commune qui sera faite le dimanche 9 juin après la messe, au plus offrant et dernier enchérisseur. Ladite somme sera employée à payer les dettes de la construction de Sainte-Reine

Le 9 juin 1793, l’orme est adjugé au citoyen Bachet pour la somme de cent trente livres payés sur le champ. Cette somme a été remise à l’administrateur de Sainte-Reine…

Et enfin, le 7 ventôse An II, le conseil s’est à nouveau réuni pour statuer sur les sommes dues aux citoyens Laurent, Dufestel et Bourgoin pour la construction de Sainte-Reine

Cela n’a pas empêché de vendre comme biens nationaux, la chapelle et les « trous de la carrière », appelés par la suite « trous du cimetière ».

Ces biens ont été achetés par Étienne Labarre, le 13 messidor An IV (1795) au district de Melun.

En 1817, M. Labarre vendit le domaine du Bois Louis, ainsi que la chapelle et « les trous de la carrière » à M. Louis Narcisse Royer. Lequel, proposa en 1818, l’échange de la chapelle, « les trous de la carrière » contre un bout de chemin appelé le chemin du Mesnil appartenant à la commune.

Pour donner suite à une lettre du préfet et à une délibération du conseil municipal du 1er juillet 1818, cet échange ne présentant que des avantages pour la commune et pour les habitants du village a pu être réalisé. Cette décision prit effet en 1821.

Voici des extraits de cette délibération du 1er juillet 1818 montrant les avantages que la commune tire de cet échange : « considérant : 1 que la partie de chemin cédée à Mr Royer n’est d’aucune utilité pour les habitants du Chatelet…que le chemin cédé par M. Royer sera plus commode ayant son entrée par la grand-route. 2) Que les trous de la marbrière arrangés et unis…serviront de place publique…et d’un lieu de promenade… 3) que la fontaine d’eau de source offrira un objet d’utilité publique…4) …que la chapelle Sainte-Reine étant juste au-dessus de ladite fontaine et se trouvant au bord de la grande route, pourrait exciter les âmes pieuses qui ont toujours pour base la sainte morale…et de faire des petits dons pécuniaires qui pourront servir à l’entretien de la chapelle…et procurer quelques recettes pour la commune… d’où il résulte que l’échange proposé deviendrait très intéressant pour la commune…acceptation de cet échange à l’unanimité… ».

A cette même époque, la chapelle devenue bien de la commune fut rendue au culte.

Depuis lors, la chapelle a continué sans interruption, d’être l’objet de la piété des habitants du Châtelet et des environs.

Vitrail de Sainte Reine - Choeur de l'Église (collection SHCB77)
Vitrail de Sainte-Reine – Chœur de l’Église du Châtelet-en-Brie – Collection SHCB77

Visite virtuelle de la Chapelle

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le 28 et le 29 mars 2026 de 10 h 00 à 18 h 00