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Modifiée le 5 septembre 2019

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Le Grand hiver 1709

Chez les historiens, l’année 1709 reste synonyme de « Grand Hiver ».

Louis XIV est alors roi de France. Devenu roi à la mort de son père Louis XIII en 1643, à l’âge de 5 ans et couronné à Reims, le 7 juin 1654, il ne lui reste plus que 6 ans à vivre en l’année 1709.

Sous ce règne, le royaume connut de cruelles épreuves : mauvaises récoltes et épidémies récurrentes.

L’élévation croissante des impôts pour subvenir aux dépenses de guerres multiples provoquèrent un état de misère généralisé qui affaiblit les populations durant la majorité du règne de ce monarque. Surtout, pendant les dernières années qui connurent une suite ininterrompue de défaites.

Personne n’a vu la catastrophe de 1709 venir.

Depuis de nombreux jours, il pleuvait sur la France et la douceur était de mise : à Paris par exemple, la température avoisinait les 10°c en plein mois de décembre, comme si l’automne s’éternisait.

Qui aurait alors pensé que les mois qui allaient suivre plongeraient le pays dans l’horreur ?

Brusquement, en quelques heures, le royaume s’enfonça dans un cauchemar glacé.

Tout commença le 9 janvier 1709 par une bise glaciale venant du nord. Trois heures plus tard la vague polaire atteignit Versailles. Un parisien qui passait les ponts de la Seine le 5 janvier au soir pour se rendre chez des amis afin « de tirer les rois », fit ce trajet sous une pluie battante et incessante. Il relata que dans la nuit, rentrant chez lui, la température était descendue à 17°c en dessous de 0°c.

Parmi les hivers dont les souvenirs resteront inscrits dans les annales, celui de 1709, qualifié de « grand hiver » par les habitants des campagnes, sera exceptionnel.

D’après les observations faites à Paris, le thermomètre descendit jusqu’à -23°c. Mais la moyenne pendant ces longues semaines glaciales, se limita entre -18°c et -20°c.

Tout est gelé (Bourgogne 1709)

La Seine gela et les intempéries rendirent le ravitaillement de la capitale impossible durant 3 mois.

A la cour même, Mme de Maintenon, la dernière figure féminine de Louis XIV, écrivait : « Je mange du pain d’avoine ». Cette parole laisse deviner ce qu’était la famine dans le reste du pays.

Fin mars, on dénombra 1 million de morts. Même l’océan Atlantique fut pris par le gel.

Le procureur général du Parlement de Bourgogne écrit : (gravure ci-dessus) « Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu’ils font bouillir, et les enfants de 4 ou 5 ans, auxquels les mères ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons ».

 Et au Châtelet-en-Brie… ?

Au Châtelet, comme partout ailleurs, jusqu’aux premiers jours de janvier, la saison avait été très douce : aucun signe avant-coureur des mauvaises conditions atmosphériques qui sévissaient habituellement en cette saison. Mais dès le jour de l’Épiphanie, un vent très violent en provenance du nord, souffla comme à Paris. Il gela très fort et cela se poursuivit intensément durant 20 jours. Parfois, lorsque le ciel était dégagé, le soleil brillait, mais ses rayons ne parvenaient pas à ramener quelque redoux permettant un dégel du sol.

Souvent voilé par une épaisse brume, le ciel se couvrait et la neige tombait abondamment.

Jamais pareille calamité n’avait été vécue sous le rapport du froid, de la famine et de la mortalité. Toutes les affaires furent suspendues dans les villes. Quant aux travaux des champs, il était impossible de s’y livrer. Les batteurs en grange qui pensaient résister à une température si basse grâce à l’exercice violent que leur profession imposait, furent trouvés à moitié morts sur leurs lieux d’activités. Ne pouvant plus travailler, ils furent réduits à une misère excessive.

Des émeutes et des pillages commencèrent dans tout le pays et le prix du blé ne cessait d’augmenter. Il valait 8 fois plus cher que l’année précédente.

Blés brûlés par le gel

Les blés ont gelé …ils valaient 75 livres le septier.

Le dégel commença le 24 janvier se prolongea jusqu’à la mi-février. De faibles gelées reprirent durant quelques jours avant de cesser à l’arrivée du mois de mars.La famine et les épidémies ne tardèrent pas à sévir, venant grossir le nombre de décès.

Les conséquences du « grand hiver » ne se bornèrent pas à cela ; les blés en terre ayant été brûlés par le froid, les orges semées au printemps ne remplacèrent pas les pertes. Les vignes et la plupart des arbres fruitiers périrent. Il s’en suivit, en 1710, une disette épouvantable.

Les cultivateurs, qui au cours des années passées, devaient affronter le fléau de la multiplicité du gibier, véritable plaie le trouvent désormais mort de froid. C’est ainsi que, les oiseaux tombent en plein vol ; les faisans, les lapins ne résistent pas non plus à cette catastrophe. Les animaux aussi succombent de froid au sein des étables.

Par ailleurs, pendant la période de grand gel, toutes les inhumations s’effectuèrent dans les églises, faute de pouvoir ouvrir les fosses dans les cimetières.

Ce fut le cas dans un grand nombre de communes d’Île-de-France, et Le Châtelet-en-Brie n’en fut pas épargné.

Les registres paroissiaux, qui faisaient office d’état civil avant la Révolution française et dont la responsabilité incombait, à l’époque au Châtelet, au curé Cottin, mentionnent en ces termes le type d’inhumations pratiquées « inhumé dans l’église pour cause de gelée ».

La première en l’église du Châtelet eut lieu le 11 janvier 1709. Cette pratique se poursuivra jusqu’au mois de mars. Le maître d’école Guillaume Barbereau y était souvent cité comme témoin. C’est ainsi qu’environ 15 à 20 personnes, enfants, adultes, bébés ou mendiants furent ensevelis dans l’église.

Notons pour l’exemple, Geneviève Bédassier, âgée de 15 jours, Petitjean Lenormand, 70 ans, Marie Mantet, 64 ans ou Nicolas Besson, 34 ans…

Acte de décès de Geneviève Bédassier

Acte de décès de Geneviève Bédassier
Archives dép77 cote MI 1907 page 84

Les fermes et l’Hôtel-Dieu du village avaient accueilli nombre de pauvres passants, mendiants et étrangers qui succombèrent pour la plupart. La charité humaine était trop insuffisante à soulager la misère bien trop grande qui y régnait.

En cette année 1709, les registres paroissiaux n’enregistrèrent que 4 mariages, environ 30 naissances et plus de 90 décès.

En ce qui concerne les mariages à cette époque-là, on assistait à des unions « arrangées » entre les familles ; ainsi, on épousait « un champ », « un vignoble ».

Au regard du désastre climatique cette année-là, on comprend bien que les campagnards, ayant perdu leur gagne-pain, ne soient pas enclins à marier leur progéniture.

Dans sa Notice historique sur Le Châtelet-en-Brie, l’abbé Péricart relata que certains parents, ne pouvant plus nourrir leurs enfants, allaient les abandonner sur les routes pour ne pas les voir mourir sous leurs yeux, gardant toutefois l’espoir chimérique qu’ils soient recueillis par des âmes charitables. Plusieurs enfants furent retrouvés dans ces circonstances, aux environs du Châtelet.

Sources :

– « l’Echo paroissial de Le Châtelet-en-Brie et des Ecrennes », mensuel n°27, juillet 1936.

– « Notice historique sur Le Châtelet-en-Brie de Paul Péricart curé doyen du Châtelet (1930-1938).

– Registres paroissiaux, commune du Châtelet.