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Les bornes

Un patrimoine historique ignoré

Le bornage comprend deux opérations :

  • la délimitation qui a pour objet de fixer la ligne séparative de deux propriétés, deux territoires ;
  • l’abornement qui est la constatation légale de cette ligne au moyen de bornes plantées, gravées, peintes, etc, mais visibles. Certaines limites peuvent être naturelles : rivières, ruisseaux, lignes de crêtes mais aussi fossés invariables, routes, chemins publics ou vicinaux, arbres remarquables.

L’action en bornage n’est jamais atteinte par la prescription. Le déplacement ou la suppression de bornes donnent lieu à des dépôts de plainte. Cette préoccupation de défense envers une usurpation justifie la pose de « témoins ». Ainsi, dans « la Nouvelle maison rustique, ou Économie générale de tous les biens de campagne » (édition 1775) il est dit :  « il est d’usage de mettre en terre, aux cotés de la borne, quatre ou cinq pieces de pierre plate ou des tuiles cassées, qu’on appelle garans ou témoins, pour certifier que c’est une véritable borne ; c’est pourquoi quand on doute de la vérité ou de l’ancienneté d’une borne, on la découvre jusqu’au pied, pour voir si elle n’a pas été remuée depuis peu et s’il y a des témoins muets qui garantissent la borne. Autrefois on employait du charbon de terre ou de l’écume de fer (mâchefer) ».

La plantation des bornes doit être effectuée en présence des parties concernées : maires des communes pour la fixation des limites territoriales, propriétaires des terres pour la distinction des biens de chacun. Un procès verbal établi à l’issue du bornage doit être signé des divers protagonistes.

Historiquement parlant, nous ne savons pas à quand remonte le bornage comme marque de séparation des propriétés. Mais déjà au temps des romains une réglementation sur le déplacement ou l’arrachage de bornes existait. Ainsi il est dit dans la « Coutume de Melun », Titre premier, Article XV que « Romulus avait ordonné que celui qui outre-passeroit ses Bornes & Limites perdroit entièrement son Héritage, lequel pour punition de son crime seroit adjugé à son voisin ». Cette loi est confirmée par l’Empereur Constantin.

Au Moyen Age, la peine encourue dépend des circonstances. Elle « doit être plus ou moins rigoureuse, selon les desseins marqués d’usurper le bien d’autrui ». Des dommages et intérêts peuvent être demandés en sus des « trois livres quinze sols tournois envers le seigneur haut justicier ».

Mais les punitions peuvent être autres. Toujours dans le même article de la « Coutume de Melun » il est dit :  « l’art. 5 de la Coutume de la Ville & Châtellenie de Bailleul porte : quiconque ôte ou change de situation, ou fait enfoncer par dol quelques bornes d’héritages, sera puni du fouet, du bannissement ou d’autres punitions arbitraires… ».

D’autres bornes existent et servent notamment à indiquer des distances. Sur les voies et chemins romains, la borne « milliaire » servait à indiquer des intervalles distants de mille pas.

Sur le bord de nos routes, on peut voir des « petites » bornes hectométriques (tous les 100 m) et des « grandes » bornes kilométriques (tous les 1 000 m).

 

Borne aux armes des dames de Poissy

Borne aux armes des dames de Poissy – Recto

Sur le territoire du Châtelet-en-Brie, nous trouvons bien entendu ces petites pierres de grès distantes les unes des autres de 100 mètres et aussi celles blanches au sommet arrondi peint de jaune indiquant les kilomètres.

Mais il en existe d’autres qu’il nous arrive de trouver au détour de nos promenades.

Dès le Moyen âge et afin de bien indiquer les limites de leur justice, les religieuses de Poissy, seigneur du Châtelet-en-Brie, ont procédé à la plantation de bornes. C’est ce qu’il ressort d’un acte daté du « dix novembre, vigille saint Martin d’iver 1495 » (Archives des Yvelines 73 H 95).

Borne aux armes des dames de Poissy

Borne aux armes des dames de Poissy – Verso

Il s’agit « d’une sentence arbitralle et plantation de bornes entre les dames de l’abbaye (de Poissy) et le chapitre de Champeaux, pour les limites des seigneuries ».

Suit l’énumération des partis en présence, à savoir « Simon de Varly, prévôt du Chastellé en Brye, et Jehan Belotin, procureur du Roy dans le bailliage de Meleun et gardes sceaux de cette prévôté…par devant Jehan Noel, tabellion juré…ont comparu d’une part maître Pierre Pepin, procureur des chanoines de l’esglise saint Martin de Champeaux… de maîtres Guillaume Garnier, Macé Couvenault et Jahan Rosé, chanoines de ladite esglise… et d’autre part maître Eustace Biguerel procureur des religieuses de Poissy… ». « Les deux parties, par leur représentants, ont affirmé être sur le point d’entreprendre des actions judiciaires en raison de la délimitation des terres et des droits de justice de l’esglise de Champeaux près de la seigneurie des religieuses au Chastellé… et aussi à propos du placement de certaines bornes de grès… ». Tout ceci introduit le procès verbal dans lequel est mentionné qu’ « après délibération collective et tout considéré, nous avons arrêté que la séparation, division et limite d’entre lesdits seigneurs de Champeaulx et les religieuses de Poissy… sera marquée par une borne de grès assise à un carrefour au lieu-dit la Croix Fourton où se trouve un fossé… ».

Et « l’an de grâce 1496, le lundi vingt-neuf août, moi, Denis Godin, tabellion juré établi par le Roi au tabellionnage de la prévôté de Meleun, à la requête des arbitres dessus dits, j’ai apposé mon seing au présent arbitrage… ». Plus loin dans ce même document il est fait mention de la pose de borne de grès de deux pieds de long ou environ (65 cm). « Sous ces bornes de grès, nous avons fait mettre secretz de pierre aigre rapportans et consonnans l’un à l’autre ». Trois bornes étaient déjà en place avant la pose de cinq supplémentaires.

Les possessions des Dames de Poissy étaient exemptées du droit de dîme. Ainsi, un acte daté du 4 juillet 1743 (Arch. des Yvelines – H646) passé devant Maître Debissy, notaire à Melun, valide les limites entre ces dites possessions et celles des chanoines du chapitre Notre-Dame de Melun, gros décimateurs de la paroisse dudit Châtelet. Ensuite de laquelle transaction est le procès verbal de limites et bornages des dites terres. 25 bornes sont recensées dans ce document.

Le 3 juin 1747, est signé le procès verbal de limites et bornage avec Mrs du chapitre de Champeaux, 2ème expédition. C’est en ces termes que sont recensées 41 bornes : « Deladite vingt cinquième borne revenant vers le levant a l’entre deux de ladite pièce de madame de Brassac au midy, et des affrontailles de plusieurs au septentrion, a vingt six perches quatorze pieds a été planté une vingt sixième borne au bout desdites terres et sur le bord du chemin des Ecrennes a Pierre Gauthier du costé du couchant, sur laquelle a aussy été tracé deux guidons le premier regardant celle cy devant et l’autre celle cy après formant angle de cent quarante cinq degrés ».

Plus de 60 bornes jalonnent ainsi le contour des possessions des dames de Poissy. C’est à peu près la limite actuelle de la commune.

Ces bornes sont elles toujours existantes ?

Marquage "mystère"

Marquage « mystère » – A noter le « guidon » au sommet de cette borne

Une dizaine d’entre elles subsiste mais elles ne sont plus en place. Sur celles-ci nous pouvons voir plusieurs gravures outre les « guidons » situés au sommet de chacune d’elles (direction à suivre pour aller d’une borne à l’autre).

Marquage "mystère"

Marquage « mystère »

Où étaient plantées ces pierres ? Leur emplacement nous aurait permis de connaitre l’appartenance de chaque symbole. Le mystère reste donc entier. La gravure du poisson et des deux fleurs de lys est à rapprocher du blason de la ville de Poissy : « d’azur au poisson d’argent posé en fasce accompagné de deux fleurs de lys d’or, l’une en chef et l’autre en pointe, adextré d’une autre fleur de lys défaillante du même mouvant du flanc ».

Deux bornes encore en place, sont gravées « DV ». Il s’agit des limites du Duché pairie de Villars. De nombreuses pierres cernent ce grand domaine qui côtoie les anciennes possessions des dames de Poissy. C’est le cas de la borne située au bout du domaine du château des Dames, sur l’ancien chemin de Melun en limite du bois de la Haye.

Enfin, cette jolie borne restée in situ en bordure de la D605 vers la Gatellerie, non gravée mais de forme originale puisque triangulaire est située à la limite de 3 communes : Pamfou, Machault et Le Châtelet-en-Brie.

Si vous voyez de ces vénérables pierres au gré de vos promenades, photographiez-les et repérez leur position (coordonnées GPS si possible), et communiquez nous ces informations. Et surtout : respectez ces témoins du passé.

J. Breuillé