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Une histoire de passeports

Dans le cadre de l’exposition «Trajectoires» présentée par la médiathèque, en avril et mai 2018, la SHCB a proposé le thème :

« Les déplacements d’antan ».

Ce texte est le prolongement de l’exposition citée ci-dessus, que vous avez pu apprécier.

En France, sous le règne de Louis XIV, le roi et son administration sollicitaient pour les français se rendant à l’étranger la protection des autorités des autres nations. Il leur signait des documents appelés passeport, la plupart des voyages s’effectuant par mer.

A partir de 1724, les vagabonds, eux, furent tenus d’avoir un passeport spécial. La Révolution française, au nom de la liberté de circulation des personnes, supprime dès 1790 les passeports. La population française est principalement agricole. Les villes se transforment, s’industrialisent et requièrent une importante main-d’œuvre. Les provinces sont mises à contribution. Certaines régions ont leur spécialité ; la Creuse par exemple, est un excellent pourvoyeur de maçons, les nourrices morvandelles sont très réputées, les couteliers sont aveyronnais et les porteurs d’eau auvergnats.

En 1792, les troubles, affrontements ou guerres, provoqués par l’instauration de la République, incitèrent les autorités à rétablir «des passeports pour l’intérieur», pour tout citoyen circulant en France. 

L’étude des registres des passeports intérieurs de l’époque montre que les migrations intérieures à partir de notre commune se faisaient, comme dans la majorité du pays, en direction de Paris. Toutefois, un nombre non négligeable de maçons se déplaçait en direction de la Creuse. En effet, ils retournaient au pays «après avoir travaillé tout l’été». La majorité des maçons creusois présents dans notre commune de 1818 à 1844 était originaire du canton de Saint-Etienne-de-Fursac.

On a dénombré au Châtelet-en-Brie, 239 demandes de passeports durant cette même période. A La Chapelle-Rablais il y eut, 201 demandes de passeports.

Les départs vers les grands chantiers de la région parisienne ou lyonnaise avaient lieu dès la fin de l’hiver. Ces maçons limousins étaient issus du monde rural. Bien que très nombreuses, les exploitations agricoles ne suffisaient pas pour faire vivre tout le monde. C’est pour cela que les hommes émigraient temporairement, entre mars et novembre pour aller louer leurs bras dans les grandes villes.

Le maçon émigrant, par exemple, était tenu de faire viser son livret d’ouvrier par le maire ou l’adjoint de sa commune de résidence, et de faire indiquer le lieu où il proposait de se rendre.
Tout maçon qui voyageait sans être muni d’un livret ainsi visé était immédiatement soupçonné de vagabondage et pouvait être arrêté et puni comme tel.

Ces passeports contenaient un signalement physique précis de la personne, sa signature ou sa déclaration s’il ne savait pas signer. Ils seront renouvelés une fois par an ; la profession et parfois la raison de ce déplacement étaient mentionnés. L’épouse et les enfants de la famille figuraient sur le passeport du chef de famille.

En 1807, Fouché, alors ministre de la police fera adopter un modèle de passeport sur papier à filigrane et encre inaltérables, avec un dessin courant, à la fois sur la souche et sur l’original, permettant de démasquer les éventuels falsificateurs. Son montant sera fixé à 2fr.

Il existe aussi des passeports gratuits pour les indigents, leur permettant de bénéficier des secours de route auprès des bureaux de bienfaisance des communes.

Tout au long du XIXe siècle, les multiples changements de régimes ne remettent pas en cause cette législation.

Les départements périphériques dont la Seine-et-Marne

Les départements périphériques
dont la Seine-et-Marne

Le 6 octobre 1848, une circulaire de la Seconde République naissante, rappelle aux préfets les textes en matière de circulation des individus.

Toutefois, les autorités s’inquiètent du danger que représente le grand nombre «…d’ouvriers sans ouvrage [qui] voudraient se rendre à Paris». Le livret comportait aussi le rappel de l’interdiction des coalitions d’ouvriers. Environ la moitié des maçons de la Creuse se dirigeaient vers Paris et les départements périphériques dont la Seine-et-Marne.

Il fallait compter 5 jours de voyage dont 4 à pied. La dernière étape en direction de la capitale s’effectuait généralement à bord d’une diligence appelée «coucou».

Durant leur voyage à pied vers Paris, ces ouvriers, souvent pauvrement vêtus et parlant entre eux la langue de leur pays d’origine, étaient souvent moqués, voire insultés par les paysans qu’ils croisaient sur leur route. Des bagarres s’ensuivaient.

Au XIXe siècle, afin de mieux se défendre, de nombreux maçons creusois pour améliorer leurs performances de bagarreurs, participèrent à Paris, à l’ouverture de salles d’entraînement à la boxe française que l’on nommait «salles de chausson». Ceci aida bien des maçons à se faire respecter lorsqu’ils cheminaient à travers la France et mirent en fuite beaucoup de voleurs de bourse. En effet, après des mois passés sur les chantiers, les maçons rentraient au pays les poches bien remplies de pièces sonnantes et trébuchantes. Il n’était pas rare de rencontrer au détour d’un chemin creux, des bandes de brigands habiles à détrousser de leur butin durement gagné, ces valeureux travailleurs.

A partir de 1860, grâce à l’arrivée du chemin de fer, les déplacements de la population se multiplièrent. Les autorités, dépassées, simplifièrent, les formalités et le Passeport pour l’intérieur tombèrent en désuétude.

 

Remerciements à Jean Bernard DUVAL pour sa collaboration.
Visitez son site :  http://chapellerablais.pagesperso-orange.fr