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La rue de l’Hôtel de Ville

Photo Yves Delassus
(Collection SHCB)

Carte postale
(Collection SHCB)

 

La SHCB, vous propose une nouvelle balade dans : «  Le Châtelet-en-Brie d’Hier et d’Aujourd’hui », à travers des cartes postales anciennes. Ceci afin de mesurer les changements intervenus à quelques décennies, voire 100 ans d’intervalle.

Aujourd’hui, c’est dans la rue de l’Hôtel de Ville, autrefois nommée rue de l’Eglise, que nous allons musarder un moment et refaire les pas que nos anciens ont effectué voilà plus d’un siècle, et essayer de dévoiler un peu de leur quotidien. Cette rue s’étire du carrefour principal du centre du village jusqu’à la mairie.
Avant l’arrivée massive des chevaux-vapeur, ce grand croisement de la rue de l’Église et de la route de Montereau était surtout utilisé par des diligences, des calèches et pouvait même être emprunté par des vaches ou des bœufs pour aller aux champs ou pour rejoindre une des multiples fermes du village.

Depuis ce carrefour, on aperçoit tout au fond de la rue, la mairie qui se dresse encore aujourd’hui sur la place du village et qui a été construite, est-il besoin de le rappeler, en 1880 par Léon Bulot, architecte à Melun.

Cette rue a été, tout comme aujourd’hui, l’une des principales rues commerçantes du Châtelet et à l’évidence l’animation y a été fort importante ainsi qu’en témoignent les nombreuses enseignes. En effet, en partant des feux tricolores, à l’angle, sur la droite, l’hôtel restaurant « Au Coin Musard », faisait partie de ces nombreux établissements qui s’ouvrirent au Châtelet à la fin du 18e siècle et dans le courant du 19e. Ils étaient destinés à accueillir les voyageurs de passage dans notre commune. Le châtelet, avec son relais de postes aux voyageurs et aux lettres était bien une ville étape. Les gens n’avaient aucune peine à trouver le gîte et le couvert, pour une nuit ou plus, pour ceux qui avaient envie de traîner en chemin.

 

« Au Coin Musard », on pouvait, non seulement y trouver à boire et à manger, mais il y avait de quoi y remiser sa voiture ou reposer ses chevaux à l’écurie. On pouvait aussi acheter son paquet de tabac, et pourquoi ne pas faire une petite pause en « terrasse », sur le trottoir, pour boire un verre entre amis ou y faire un brin de causette comme l’atteste cette carte postale expédiée en 1910.

Durant les années 30-40 « Au Coin Musard » fut transformé en « café » ; les propriétaires, Noël Prat et son épouse, étaient d’origine auvergnate. L’accent chantant de madame Prat résonne encore aux oreilles de certains de nos compatriotes.

Ce débit de boissons était très fréquenté par les châtelains qui venaient y jouer à la manille, le soir ou le dimanche.

Durant l’occupation, les jeunes qui n’étaient pas encore en âge d’être mobilisés, s’occupaient, durant de longues heures, à jouer au billard sur un tapis vert bien usé.

Sur la chaussée, pas de problèmes de stationnement ou de zone bleue. En effet, les attelages pouvaient s’arrêter sans risques de PV.

Le commerce qui jouxtait l’hôtel restaurant était un bazar. On y trouvait de tout comme au supermarché. «  La Quincaillerie Bazar de la Brie  » comme on l’appelait, connut plusieurs propriétaires au fil du temps. Mais celui qui de toute évidence posséda la façade la plus remarquable, fut François Guglielmo, bien avant la 2e guerre mondiale.

Rien ne semblait manquer dans cette boutique, et il n’était point nécessaire d’entrer pour savoir ce que renfermait cette «caverne d’Ali Baba».

Le propriétaire qui pose devant sa porte avec, sans doute son épouse, ne semble pas peu fier de sa manière de faire la réclame, car tout y était minutieusement indiqué sur la grande devanture en bois qui ne passait pas inaperçue.

On y trouvait de tout : des vêtements pour toute la famille, des galoches, des chaussures ou des chaussons. Mais on pouvait y dégoter aussi du fil électrique ou du matériel de jardinage, de la verrerie, de la vannerie ou de l’outillage, du matériel de pêche, des articles pour les écoliers. Que l’on y rentre pour acquérir quelques vis, 3 clous ou un outil plus onéreux, on y était toujours bien accueilli. Le maître des lieux qui avait tout répertorié et classé avec minutie, n’avait aucune peine à vous donner satisfaction rapidement. Ce bazar aujourd’hui disparu, était une mine d’or. Ajoutons que François Guglielmo, éditait même ses propres cartes postales.

Notons au passage quelques autres propriétaires de ce bazar : M. Pralon, dans les années 40, plombier à ses heures. M. Hoiselsetin, au début des années 50. Le dernier propriétaire de ce bazar arrêta son activité en 1998, avant transformation de l’établissement en cave à vin. Ces locaux couvrent de nos jours une plus grande surface puisqu’ils intègrent aussi, ce qui avait été le « Coin Musard ».

Un peu plus loin, la boulangerie qui arbore sa belle vitrine, n’a point cessé de voir s’activer mitrons et boulangers depuis le milieu du 19e siècle. Monsieur Duval était artisan boulanger en 1861.

 

Carte postale
(Collection SHCB)

Photo Yves Delassus
(Collection SHCB)

En face, sur la gauche de la rue, la première maison aujourd’hui démolie, appartenait à mademoiselle Lestienne. Grande philatéliste, elle possédait une importante collection de timbres dont elle fit commerce durant plusieurs décennies. Sa clientèle s’étendait jusqu’à Melun et Fontainebleau. Son fils adoptif devint abbé de Féricy durant quelques années. Mademoiselle Lestienne, décéda dans les années 70, à plus de 80 ans. Elle légua ses biens à la commune du Châtelet.

Monsieur Fouquier, garde champêtre du village et commandant des pompiers occupa cette maison pendant de longues années.

A l’emplacement de cette bâtisse, fleurit aujourd’hui un jardinet qui agrémente ce petit coin.

Quelques pas plus loin le crédit Lyonnais avait installé une de ses agences.

Avançons encore un peu sur ce même trottoir et arrêtons-nous devant cette belle maison qui depuis le 19e siècle ne connut que des huissiers de justice se succédant les uns les autres jusque dans les années 1980, où, suite à une restructuration du système administratif, les huissiers n’exerceront plus dans notre village. L‘un d’eux, qui exerça cette fonction avant la 2e guerre mondiale, résistant durant l’occupation allemande, fut arrêté au Châtelet par la milice.
Il dut son salut à la fin des hostilités qui chassèrent l’occupant. Le dernier de ces huissiers fut monsieur Giacomoni.

Terminons sur une note fraîche et sympathique en évoquant une coutume ancestrale aujourd’hui disparue qui avait lieu le jour du 1er mai.

De quoi s’agissait-il ?

Des adolescents, pour rendre hommage à des jeunes filles du Châtelet, «  leur faisaient un mai ». Dans la rue de l’Hôtel de Ville comme ailleurs, on garnissait les portes d’entrée de certaines demoiselles, de feuillages et de fleurs, afin de faire l’éloge de leur comportement irréprochable. Cela les mettait en joie car elles pouvaient nourrir l’espoir de trouver plus tard un bon parti.

Il en allait autrement de celles qui avaient manqué de probité, car celles-ci voyaient « fleurir » au contraire, des fagots d’épines ou de ronces, devant chez elles.

Autres temps autres mœurs !

Aujourd’hui, la rue de l’Hôtel de Ville a perdu quelque peu de son animation.
On ne peut que le regretter.